Easy Driving : une solution miracle contre les nids de poule | Student Life | Student.be

Easy Driving : une solution miracle contre les nids de poule

Student.be a rencontré Aurélien Castel, jeune ingénieur industriel fraîchement diplômé de la Haute École Provinciale de Hainaut - Condorcet à Tournai. Ce Mouscronnois de 24 ans est à l'origine d'un produit révolutionnaire dénommé « Easy Driving » : une mousse permettant de combler les nids de poule sur les routes.

Les nids de poule : un fléau à éradiquer

Aurélien a développé Easy Driving en totale collaboration avec deux de ses collègues étudiants : Anne-Sophie Arno et Philbert Sitio. C'est lui qui est à la base du concept original : « L'idée de BT-ASC (nom de code pour "Bouche-Trou Arno Sitio Castel", NDLA) ou "Easy Driving" m'est venue lors des mes trajets en voiture vers l'école », explique Aurélien. « De nombreux nids de poules parsèment la route entre Mouscron et Tournai (sur 9 kilomètres d'autoroute, on en compte à peu près 70). Dans le sens inverse, la bande de droite est à ce point dégradée par endroits que les conducteurs sont quelquefois obligés de rester sur la bande de gauche. »

D'où l'envie de remédier à cette problématique : « À la base, nous ne savions pas vraiment quel produit utiliser. On voulait quelque chose de rapide et facile à utiliser. En outre, ce devait être une solution temporaire qui permette de prévoir une véritable réparation à long terme. Finalement, nous avons opté pour la mousse polyuréthane, c'est-à-dire la mousse utilisée pour isoler les fenêtres. »

De Tournai à Courrière...

Si la création de Easy Driving s'inscrit dans un cadre académique (plus particulièrement, un cours de Projet et Bureau d'études), les retombées de l'entreprise ont dépassé de loin les frontières tournaisiennes.

Aurélien nous raconte l'historique de son parcours : « Le projet a débuté il y a deux ans, juste après notre rentrée en première année de master. Par la suite, le YEP (Young Enterprise Project) a organisé plusieurs réunions avec des experts pour nous assister. Ce coaching nous a été fort utile, surtout que nous devions finaliser une ébauche de dossier pour la fin de l'année académique. Lorsque nous avons repris le projet en deuxième année, on nous a demandé de peaufiner le dossier en vue de l'examen d'un jury du YEP prévu en décembre. Ce jury venait sélectionner l'un des deux groupes participants pour représenter notre école lors de la finale nationale. À ce moment-là, nous n'étions plus très motivés par le projet et nous nous sommes contentés de réaliser le minimum requis pour rendre le dossier présentable. De manière étonnante, nous avons quand même été choisis ! »

Une victoire au goût un peu amer : « En fait, nous n'avions pas trop envie de gagner car le concours national avait lieu durant notre stage de fin d'études, sans compter la réalisation de nos TFE. » Mais les trois amis n'avaient désormais plus le choix : « Avec un de nos professeurs, Marc Vandercammen, nous avons travaillé au Flunch plusieurs jours d'affilée (l'école était fermée) pour nous créer un dossier en béton en vue du concours national ("YEP Challenge") qui se déroulait au Château de Courrière le 30 avril. »

À la grande surprise d'Aurélien et de ses coéquipiers, Easy Driving a été sélectionnée parmi les trois finalistes de la journée : « Du coup, nous avons dû présenter notre produit en 4 minutes devant toute l'assemblée de 250 personnes : un autre stress que la simple présentation devant le jury ! Un détail amusant : la deuxième équipe de Condorcet s'est, elle aussi, retrouvée en finale, à la grande fierté de Cécile Josse, notre Directrice de la Catégorie Technique présente sur place. »

Au final, Easy Driving a remporté le premier prix du concours ainsi que le prix de l'innovation. « On n'en revenait pas, c'était hallucinant. On nous a ensuite annoncé que nous allions partir à Lisbonne pour le concours européen (Junior Achivement Young Entreprise ou JA-YE). »

...De Courrière à Lisbonne

L'aventure Easy Driving a donc pris une tournure internationale que les trois ingénieurs ont envisagée avec sérieux et professionnalisme : « Nous nous sommes retrouvés fin juin pour travailler à fond notre présentation pour Lisbonne. En plus de modifier notre pitch pour le mettre à la sauce européenne, nous avons mis en place des nouvelles affiches en anglais et de nouveaux prototypes. Nous voulions également faire goûter des produits nationaux aux différents jurys sur place : nous avons donc fait livrer des bières belges et des œufs en chocolat à l'ambassade belge au Portugal. »

Le voyage à Lisbonne, organisé début juillet, a duré quatre jours. 23 startups issues de 16 pays étaient présentes sur place. Tout s'est déroulé pour le mieux, malgré une grosse frayeur pour l'équipe : « J'avais mis tout le matériel destiné aux présentations dans ma valise. Une fois arrivé à Lisbonne, tous les bagages sont arrivés, sauf ma valise et celle de Philbert. La compagnie ignorait où se trouvaient nos affaires. Nous étions dégoûtés ! En plus, le lendemain après-midi, nous avions un entretien avec plusieurs jurys. Du coup, au lieu d'être habillés en costume, nous l'avons passé en shirts et tee-shirts, ce qui a un peu décontenancé notre audience. Néanmoins, grâce à cet imprévu, je pense que nous étions plus détendus. Finalement, perdre ces valises était un mal pour un bien ! »

Les valises ont heureusement été retrouvées. Le concours se tenant le troisième jour, tout était donc en place pour réussir une brillante présentation et rafler un nouveau prix : « Nous avons eu la chance de recevoir le « NN’s Care & Impact Award » (prix de l'assurance NN) pour le produit le plus respectueux de l'environnement et des citoyens. » Une grande fierté pour toute l'équipe !

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De la difficulté d'être étudiant entrepreneur

Comme on peut s'y attendre, mener un tel projet est difficilement conciliable avec des études supérieures : « Il n'est pas du tout évident de concilier études et entrepreneuriat », confirme Aurélien. « Durant notre deuxième année, comme il n'y avait plus de cours dédié au projet, nous devions travailler le soir après l'école. Par après, lors de la préparation du concours national, nous nous voyions en dehors des heures de stage, ce qui posait de multiples problèmes. Anne-Sophie suivait des cours du soir en anglais, Philbert travaillait tard et je finissais personnellement à 17h30... Il fallait donc se mettre d'accord sur les moments qui convenaient aux trois membres de l'équipe. »

Des difficultés inhérentes à la gestion d'une entreprise sont également apparues :  « La plus grosse difficulté pour nous a été le secteur financier. Dans notre école, le cours d'économie est celui où l'on a le moins de notions. Or, il nous fallait établir un rapport financier pour Easy Driving alors que nous n'avions jamais entendu parler de cette pratique. Nous avons donc dû nous renseigner, ce qui ne nous a pas empêché de faire fausse route dans un premier temps. L'aspect économique était vraiment problématique ! »

Un futur incertain

Quel avenir pour Easy Driving maintenant que les trois ingénieurs ont fini leurs études ? « Un budget pourrait être débloqué par la Région wallonne pour poursuivre le développement du projet », nous confie Aurélien. « Mais cela ne sera probablement pas envisageable étant donné qu'Anne-Sophie, Philbert et moi-même avons déjà été embauchés en entreprise. Par ailleurs, à l'heure actuelle, aucun brevet relatif au produit n'a été déposé (il faut savoir qu'un brevet en Belgique coûte 3000 € et jusque 300.000 € au niveau mondial). »

Mais Aurélien ne se tracasse pas à ce sujet : « Tant mieux si le produit se développe, ce ne pourra être que bénéfique pour les routes. Nous pourrons toujours dire qu'on a été les premiers à avoir l'idée et qu'on a eu des prix grâce à ce produit (les certificats sont là pour le prouver). Pour ma part, je sais que je n'aurai pas le temps de le développer. Si quelqu'un d'autre peut le faire, tant mieux : qu'il en profite ! »

Aurélien clôture la conversation par un ultime conseil destiné aux jeunes entrepreneurs : « Il ne faut pas hésiter à demander l'aide de personnes qualifiées. On aura toujours une réponse et, même si ce n'est qu'un bout de phrase, c'est toujours bon à prendre. Il est judicieux de s'entourer car on ne peut pas tout faire soi-même ! À ce sujet, je tiens à remercier le YEP qui nous a suivis et soutenus tant en Belgique qu'à Lisbonne. »

 

Student.be souhaite à toute l'équipe d'Easy Driving une brillante carrière professionnelle !

 

Laurent LOUIS-DE WANDELEER

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