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Décret Paysage en Belgique : origine, réformes et ce qui a changé

Décret Paysage en Belgique : origine, réformes et ce qui a changé

par Student.be

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Le décret Paysage est le décret du 7 novembre 2013 qui a réorganisé tout l'enseignement supérieur en Fédération Wallonie-Bruxelles. Porté par le ministre Jean-Claude Marcourt, il est entré en vigueur à la rentrée 2014-2015. Il a supprimé les années d'études classiques, imposé un parcours en crédits ECTS et fixé la réussite à 10/20. Depuis, il a été réformé deux fois : en 2021 par la ministre Valérie Glatigny, puis assoupli et re-durci entre 2024 et 2025.

Cet article retrace l'histoire du texte : d'où il vient, ce qu'il a changé, pourquoi il a fait descendre des milliers d'étudiants dans la rue et où il en est aujourd'hui. Si tu cherches uniquement les règles qui s'appliquent à ton année, va directement voir les règles du décret Paysage en 2026-2027.

Dernière mise à jour : septembre 2026.

Le décret Paysage, c'est quoi exactement ?

Son nom complet est le « décret définissant le paysage de l'enseignement supérieur et l'organisation académique des études ». C'est de là que vient le surnom : le décret « Paysage ».

Concrètement, ce texte fixe les règles du jeu pour toutes les universités, hautes écoles, écoles supérieures des arts et écoles de promotion sociale de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Il décide comment ton programme est construit, quand tu réussis, quand tu passes au bloc suivant et combien de temps tu peux rester dans un cycle.

Trois repères à retenir :

  • Il a été voté le 7 novembre 2013.
  • Il est entré en application à la rentrée 2014-2015.
  • Il concerne uniquement l'enseignement supérieur francophone, pas la Flandre ni la Communauté germanophone.

Pourquoi on l'appelle aussi le décret Marcourt

Le texte a été porté par Jean-Claude Marcourt, alors ministre de l'Enseignement supérieur en Fédération Wallonie-Bruxelles. Dans les couloirs des unifs, on a donc très vite parlé du « décret Marcourt ». Les deux noms désignent exactement le même texte. Aujourd'hui, « décret Paysage » est devenu le terme le plus courant, mais tu croiseras encore « décret Marcourt » chez les profs et dans les archives de ton établissement.

Ce que le décret Paysage a changé en 2014

La réforme de 2014 n'était pas un ajustement de détail. Elle a redessiné la logique complète des études supérieures. Voici les cinq changements les plus importants.

La fin des années d'études, place aux cycles et aux crédits

Avant 2014, tu étais en première, en deuxième ou en troisième. Tu réussissais ton année ou tu la recommençais. Le décret Paysage a remplacé ce système par une logique de cycles et de crédits ECTS.

Un cycle, c'est un diplôme complet :

  • 180 crédits pour un bachelier ;
  • 60 crédits pour un master en un an ;
  • 120 crédits pour un master classique.

Tu ne réussis plus une année, tu accumules des crédits jusqu'à atteindre le total du cycle. Un crédit correspond à environ 30 heures de travail, cours, travaux et étude compris.

La réussite à 10/20 et les crédits acquis définitivement

Avant le décret, il fallait 10/20 par cours et 12/20 de moyenne annuelle. Depuis 2014-2015, la barre est à 10/20 partout.

Autre nouveauté qui a changé la vie des étudiants : dès que tu obtiens 10/20 ou plus dans une unité d'enseignement, les crédits sont acquis définitivement. Plus besoin de demander un report de note. En contrepartie, tu ne peux plus repasser un cours réussi pour remonter ta moyenne.

Le jury garde une marge de manœuvre. Il peut décider d'octroyer les crédits d'un cours où tu as obtenu moins de 10/20, par exemple un 9/20 isolé dans un dossier solide. Ce n'est jamais automatique, mais cette souplesse existe toujours aujourd'hui.

Le programme annuel à la carte, les prérequis et les corequis

Le décret Paysage a introduit le programme annuel de l'étudiant, le fameux PAE. L'idée de départ : te laisser composer ton programme toi-même, en mélangeant les cours ratés et des cours du bloc suivant.

Cette liberté reste encadrée par deux notions que tu croiseras tout au long de tes études :

  • Un prérequis est un cours que tu dois avoir réussi avant de pouvoir suivre un autre cours. Impossible de prendre Math 3 sans avoir validé Math 2.
  • Un corequis est un cours que tu dois avoir réussi avant, ou que tu peux suivre en même temps que le cours concerné.

C'est cette liberté qui a produit les fameux « parcours spaghetti » : des étudiants qui traînaient des cours de bloc 1 jusqu'en bloc 3, sans jamais boucler leur cycle. Les réformes suivantes sont nées de ce constat.

Les passerelles et la codiplômation

Le décret a nettement assoupli le passage entre le type court et le type long. L'année préparatoire au master a été supprimée dans sa forme classique. Un bachelier de haute école accède désormais directement à un master universitaire, avec un programme parfois complété de 60 crédits supplémentaires maximum.

Le texte a aussi ouvert la codiplômation : plusieurs établissements peuvent organiser ensemble un même programme et délivrer conjointement le diplôme. C'est ce qui explique les masters portés par une université et une haute école en même temps.

Une nouvelle carte de l'enseignement supérieur : l'ARES et les pôles académiques

Le volet le moins connu du décret est aussi l'un des plus structurants. Le texte a remplacé les trois anciennes académies par une seule coupole, l'ARES, l'Académie de recherche et d'enseignement supérieur, et par cinq pôles académiques régionaux.

L'objectif était de faire collaborer des établissements qui étaient jusque-là séparés par leur philosophie. C'est l'ARES qui coordonne aujourd'hui l'offre de formations, les passerelles et une bonne partie des règles administratives que tu croises à l'inscription.

Les mentions par cycle : le barème qui n'a pas bougé

Depuis 2015-2016, les mentions ne sont plus attribuées année par année mais par cycle. Ta mention se calcule donc sur l'ensemble de ton bachelier ou de ton master, pas sur ta meilleure année.

Le barème est resté identique :

  • réussite sans mention : moyenne de 10/20 ;
  • réussite avec satisfaction : 12/20 ;
  • réussite avec distinction : 14/20 ;
  • réussite avec grande distinction : 16/20 ;
  • réussite avec la plus grande distinction : 18/20.

Le jury peut octroyer un grade à un étudiant dont la moyenne est légèrement inférieure au seuil. Là encore, rien d'automatique.

Pourquoi le décret Paysage a été autant critiqué

La réforme de 2014 partait d'une bonne intention : donner de la souplesse et éviter de perdre une année entière pour deux échecs. Dans les faits, quatre problèmes sont apparus assez vite.

  • Des parcours illisibles. À force de mélanger les blocs, beaucoup d'étudiants ne savaient plus où ils en étaient ni combien de temps il leur restait.
  • Un allongement des études. La possibilité de reporter indéfiniment des crédits a fait grimper la durée moyenne du bachelier.
  • Une finançabilité incompréhensible. Les règles qui déterminent si un établissement reçoit des subsides pour ton inscription sont devenues un labyrinthe.
  • Une contestation académique. En 2018, environ 400 professeurs ont signé une lettre ouverte dénonçant les effets du texte sur la réussite.

Ces critiques ont ouvert la porte à la première grande révision du décret.

A lire aussi: L’Université Laval à Québec : entre nature, culture et vie étudiante

La réforme Glatigny : le tournant de 2021

Fin 2021, sous l'impulsion de la ministre de l'Enseignement supérieur Valérie Glatigny, le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a voté une réforme en profondeur, applicable à partir de l'année académique 2022-2023.

Le principe change complètement : on passe de la souplesse maximale à un parcours balisé. Trois mesures résument l'esprit du texte.

  • Le bloc 1 devient un passage obligé. Tu dois valider les 60 crédits de ta première année en deux inscriptions maximum.
  • Le programme annuel est plafonné. Fini le PAE élastique : les crédits ratés du bloc 1 passent en priorité, et le total annuel est encadré.
  • Chaque cycle a une durée maximale. Le bachelier de 180 crédits se boucle en cinq ans, le master de 120 crédits en quatre inscriptions.

Cette règle des 60 crédits est celle qui a le plus d'impact au quotidien. On l'a détaillée dans un article dédié : 60 crédits en deux ans et finançabilité au bloc 1.

2024 à 2026 : assouplissements, rétropédalage et version stricte

La suite ressemble à un aller-retour politique, et c'est là que beaucoup d'étudiants ont perdu le fil. Voici ce qui s'est réellement passé.

Printemps 2024 : la mobilisation « Paysage, ça dégage ». Des milliers d'étudiants manifestent contre les effets de la réforme Glatigny, notamment contre le nombre d'étudiants qui perdent leur finançabilité après le bloc 1.

25 avril 2024 : le Parlement vote des mesures transitoires. Les étudiants qui recommencent leur bloc 1 sont réputés finançables pour 2024-2025 s'ils ont validé 45 crédits. Les étudiants réorientés reçoivent deux inscriptions supplémentaires pour boucler leur bloc 1. Le texte est promulgué le 31 mai 2024.

25 octobre 2024 : le gouvernement fait marche arrière. Le nouveau gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles approuve le retour à la version Glatigny du décret dès la rentrée 2025-2026. Les assouplissements votés au printemps sont suspendus.

2025-2026 : la version stricte s'applique. La période transitoire prend fin en août 2025. Les balises de la réforme Glatigny redeviennent la règle pour tout le monde.

2026-2027 : deuxième année pleine sous le régime strict. Plus aucune mesure d'atténuation générale n'est en vigueur.

La chronologie du décret Paysage en un coup d'œil

  • 7 novembre 2013 : vote du décret Paysage, dit décret Marcourt.
  • 2014-2015 : entrée en vigueur. Cycles, crédits, réussite à 10/20, création de l'ARES.
  • 2015-2016 : mentions attribuées par cycle, accès anticipé au master à partir de 165 crédits sur 180.
  • 2018 : lettre ouverte d'environ 400 professeurs contre les effets du décret.
  • Décembre 2021 : vote de la réforme Glatigny.
  • 2022-2023 : application de la règle des 60 crédits du bloc 1 en deux inscriptions.
  • Avril et mai 2024 : mobilisation étudiante puis vote de mesures transitoires.
  • 25 octobre 2024 : retour annoncé à la version Glatigny pour 2025-2026.
  • 2025-2026 : fin des mesures transitoires, application stricte.
  • 2026-2027 : régime strict pleinement en vigueur.

Décret Marcourt version 2014 ou décret Paysage version 2026 : ce qui a changé

Si tu compares le texte d'origine et les règles actuelles, quatre différences sautent aux yeux.

  • Le passage au bloc 2. En 2014, 45 crédits sur 60 suffisaient pour avancer. Aujourd'hui, tu dois valider les 60 crédits du bloc 1, et en deux inscriptions.
  • Le programme annuel. En 2014, tu composais ton PAE assez librement. Aujourd'hui, il est plafonné et les crédits ratés passent d'abord.
  • La durée des études. En 2014, aucune limite claire par cycle. Aujourd'hui, chaque cycle a un nombre maximum d'inscriptions.
  • Les échéances d'inscription. La date butoir historique du 31 octobre a été avancée et les modalités varient selon l'établissement. Vérifie toujours le calendrier officiel de ton école.

Ce qui n'a pas changé : la réussite à 10/20, les crédits acquis définitivement, les prérequis et corequis, les passerelles, la codiplômation et le barème des mentions.

Comment savoir quelles règles s'appliquent à toi, étape par étape

  1. Compte tes inscriptions, pas tes années. Le décret raisonne en nombre d'inscriptions dans un cycle. Une année où tu n'étais pas inscrit ne compte pas.
  2. Regarde où tu en es dans ton bloc 1. Tant que les 60 crédits ne sont pas validés, c'est cette règle qui pilote ton parcours.
  3. Vérifie ta finançabilité avant de te réinscrire. C'est elle qui détermine si ton établissement peut t'accepter sans frais majorés. Tu peux calculer ta finançabilité ici.
  4. Fais valider ton PAE par le jury. Ton programme annuel doit être approuvé. C'est le moment de poser tes questions, pas en janvier.
  5. Si le compte n'y est pas, envisage une réorientation. Changer de formation tôt vaut mieux que d'accumuler des échecs. Voici comment te réorienter après une première expérience dans le supérieur.

FAQ sur le décret Paysage

Le décret Paysage et le décret Marcourt, c'est la même chose ?

Oui. Il s'agit du décret du 7 novembre 2013 définissant le paysage de l'enseignement supérieur. On l'appelle « décret Marcourt » du nom de Jean-Claude Marcourt, le ministre qui l'a porté. Les deux termes sont interchangeables.

Le décret Paysage existe-t-il encore en 2026 ?

Oui, il est toujours le texte de référence de l'enseignement supérieur en Fédération Wallonie-Bruxelles. Il a été modifié en profondeur par la réforme Glatigny, mais il n'a jamais été abrogé. Ce sont ses règles, dans leur version stricte, qui encadrent l'année 2026-2027.

Pourquoi le décret Paysage a-t-il été réformé ?

Parce que la souplesse du texte de 2014 allongeait la durée des études et rendait les parcours illisibles. La réforme de 2021 a voulu remettre des balises claires, avec un bloc 1 à boucler rapidement et une durée maximale par cycle.

Le décret Paysage s'applique-t-il en Flandre ?

Non. L'enseignement est une compétence communautaire en Belgique. Le décret Paysage ne concerne que les établissements de la Fédération Wallonie-Bruxelles. La Communauté flamande a ses propres règles.

La réussite à 10/20 est-elle toujours d'application ?

Oui. C'est l'un des principes du décret de 2013 qui n'a pas été remis en cause. Une note de 10/20 ou plus dans une unité d'enseignement te donne les crédits correspondants, de façon définitive.

Que se passe-t-il si je ne suis plus finançable ?

Ton établissement peut refuser ton inscription ou te demander des frais majorés. Il existe des recours et des alternatives selon ta situation. On détaille tout dans notre article sur tes droits et tes options si tu n'es plus finançable.

Trouve la formation qui te correspond vraiment

Comprendre le décret Paysage, c'est utile. Choisir une formation qui te motive assez pour valider tes 60 crédits, c'est encore mieux. Parcours toutes les écoles et formations disponibles en Belgique francophone et compare-les en quelques minutes : explore nos pages de formations.

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